Kaysersberg, avec ses nombreuses maisons à colombages, son beau centre historique et son château impérial (Kaysersberg signifie la montagne de l’Empereur) en ruine dominant la ville, possède un charme fou. Il est, de ce fait, une étape incontournable en Alsace. La ville est par ailleurs très réputée pour son marché de Noël.
En effet, Kaysersberg est la cité natale du Docteur Albert Schweitzer. « Je suis né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg, petite cité du Haut-Rhin, dans la maison portant tourelle, sis à gauche en amont de la sortie de la localité. Mon père y était pasteur et instituteur de la petite paroisse protestante … » C’est ainsi que commence son livre. Albert Schweitzer grandit à Gunsbach où la famille s’installa après sa naissance. Théologien, philosophe, musicien, médecin Schweitzer s’embarqua pour le Gabon en 1913 et y construisit un hôpital à Lambaréné. Prix Nobel de la Paix en 1954, Albert Schweitzer reste l’une des figures les plus marquantes et l’Alsacien le plus célèbre du 20ème siècle.
La petite cité, dominée par deux montagnes, où sur l’une d’elle trône les ruines d’un château impérial, le château du Schlossberg, s’étire au pied des collines sous-vosgiennes. Le château fait l’objet d’un classement au titre des Monuments Historiques depuis 1841 et d’une inscription au titre des Monuments Historiques depuis 1995. Kaysersberg est l’une des perles du vignoble alsacien. Avec ses nombreuses caves et ses vignes environnantes, ce village fait partie des étapes incontournables sur la route des vins d’Alsace. Vous pourrez y découvrir les vins et le savoir-faire ancestral des vignerons alsaciens à l’occasion de visites guidées des caves et de quelques dégustations. Kaysersberg est aussi situé la route de St Jacques de Compostelle.
Histoire de Kaysersberg
De part sa position stratégique qui permet le contrôle d’une des nombreuses voies romaines les plus fréquentées des Vosges, entre la partie méridionale de l’Alsace et la Lorraine (par le Col du Bonhomme situé à l’altitude de 949 mètres), qui quadrillaient la Germanie supérieure, la vallée de Kaysersberg a été occupée par des militaires dès l’époque Romaine. Cet emplacement stratégique a rapidement imposé la cité comme place forte, un véritable verrou sur l’une des seules routes permettant de franchir les Vosges et de relier l’Alsace au reste de la Gaule. Quelques moines bénédictins s’installèrent un peu plus haut dans la vallée, à Alspach, au début du 12ème siècle.
Au début du 13ème siècle (vers 1218), la forteresse est construite par le bailli impérial Wœlfelin de Haguenau. Sa première enceinte passait entre l’église et l’Hôtel de ville, filait jusqu’à la rivière : la Weiss, longeait le cours d’eau jusqu’à l’emplacement du pont fortifié et rejoignait le mur d’enceinte du château au niveau de la rue des Forgerons. L’histoire de la ville commence véritablement en 1227 lorsque l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, chargea son fils Henri VII d’acheter les droits sur le château aux sires de Ribeaupierre et de Horbourg. Celui-ci avait reçu l’ordre de son père de verrouiller les vallées vosgiennes contre les incursions lorraines. Le bailli Woelflin procéda aussitôt à la consolidation et à l’agrandissement de la forteresse. Kaysersberg, littéralement Mont de l’Empereur, était né. Certains justifient la dénomination germanique de Kaysersberg en affirmant que les légions de César y avaient établi un camp fortifié appelé « Caesaris Mons », la montagne de César, expression qui aurait été reprise par les empereurs germaniques. Mais cette affirmation n’est que pure spéculation. Certes, nous savons que de nombreuses collines sous-vosgiennes avaient servi à l’époque romaine d’observatoires et la route qui longeait la Weiss pouvait être surveillée du haut du sommet aujourd’hui occupé par le château. Les Celtes, puis les Romains ne se sont, sans doute, pas privés d’un tel observatoire. Mais rien ne prouve une occupation intensive du débouché de la vallée de la Weiss par les Romains ou de la fondation d’une ville par des colons.
C’est le début de l’époque prospère de la ville, sous le contrôle de la famille des Hohenstaufen. Ville médiévale par excellence, elle subit malheureusement plusieurs sièges en 1245, 1247 et 1248, malgré ses fortifications et la reconstruction du château surplombant la ville. Kaysersberg devient ville impériale du Saint Empire le 18 mars 1293. Dès cette date et pour reconnaître son importance, la population de Kaysersberg se voit accorder, grâce au roi de Germanie Adolphe 1er de Nassau, les mêmes droits qu’à Colmar. Ainsi, Kaysersberg ne dépendra plus directement que du pouvoir impérial, aucun seigneur ne pourra plus revendiquer de droits sur elle. Cette indépendance a entraîné le développement de la cité qui ne cessera de s’agrandir. La ville, qui couvrait alors près de 10 ha, possédait deux portes, aujourd’hui disparues : à l’ouest, l’Obertor déplacé à deux reprises au fur et à mesure que la ville s’agrandissait et, à l’est, l’Untertor, sur la route de Colmar. Les remparts de ville étaient rattachés à ceux du château qui, de la sorte, constituait l’une des plus belles citadelles médiévales de la région. Des tours carrées ou cylindriques fortifiaient les points névralgiques des remparts.
Le 24 septembre 1354, Charles IV reconnut l’union des dix villes libres d’Empire alsacienne au sein du Saint-Empire romain germanique en une ligue : la Décapole. La Décapole a pour but de contribuer à une coopération étroite entre les villes de Colmar, Haguenau, Kaysersberg, Mulhouse, Munster, Obernai, Rosheim, Sélestat, Turckheim et Wissembourg. Haguenau en est le chef-lieu et Sélestat conserve les archives de la ligue, dans un coffre dont Haguenau et Colmar détiennent chacun une clé. En plus d’une alliance militaire, l’entraide est aussi financière. A cette époque, outre le négoce et l’artisanat, la production de vin connaît un vif succès et s’exporte dans l’Empire bien au-delà du Rhin. Le prestige de la ville atteint son apogée en 1479, grâce à l’ouverture d’une foire annuelle.
Le mécontentement des paysans provoque, en 1525, un conflit durant lequel Kaysersberg fut assiégé. C’est la guerre des Paysans allemands. La ville capitula le 19 mai. Le château et l’abbaye d’Alspach furent pillés, incendiés et dévastés. Ces fortifications ont été agrandies une dernière fois en 1530. Maximilien lui donne, en 1573, comme bailli impérial Lazare de Schwendi qui s’est battu en Hongrie et pris la petite ville de Tokaj. On dit qu’il en aurait profité pour rapporter quelques plants de vigne du fameux cépage et qu’il en fit don au village de Kaysersberg. Ces quelques vignes se sont largement multipliées. Elles ont fait la réputation vinicole et viticole de la ville. Le comte Antoine Henri d’Andlau en fut le dernier titulaire.
Le 17ème siècle est difficile suite à la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui met fin à l’inexorable ascension de Kaysersberg, qui faisait d’elle une ville renommée dans le monde germanique. Les troupes suédoises se sont emparées de Kaysersberg. Elles ont incendié le château et le couvent d’Alspach. Cette guerre laisse la région ruinée par le passage des différentes troupes belligérantes de ce conflit. Suédois, Impériaux (qui dépendaient du Saint-Empire romain germanique), Lorrains et Français ont vécu aux dépens des habitants. Sa prospérité, qui l’avait notamment rendue célèbre, s’étiole petit à petit. La ville doit, au sortir de la guerre, payer un lourd tribut qui l’endettera de nombreuses années. Ainsi, la paix de Munster en 1648 laissait une cité exsangue. Kaysersberg dût même hypothéquer ses cloches à Bâle ! Les populations aisées prirent la fuite. Les autres furent décimées par les exactions et les épidémies.
Kaysersberg finit également par perdre son indépendance et devient la possession de la Couronne de France. Après un regain de dynamisme au 19ème siècle, principalement dans les années 1820-1870, grâce à l’installation d’industries textiles, la ville subit de plein fouet les écueils de la Guerre. Le 4 décembre 1944, Kaysersberg devient le verrou de la poche de Colmar et est mise en état de siège. Le 17 décembre 1944, la ville est libérée mais elle est fortement endommagée par les combats d’artillerie et les combats de rue. Kaysersberg gagnera sa place parmi les plus beaux villages d’Alsace après de nombreux ouvrages de restauration.
Le blason de Kaysersberg porte « d’argent à la bourse de sable ferrée d’or ». Ce qui veut dire que les armes de Kaysersberg comportent un écu à fond blanc sur lequel est posée une bourse noire dont les boucles et les ornements métalliques sont jaunes. L’usage du sceau se répandit dans les villes du Saint-Empire au cours du 13ème siècle. Mentionné dès 1271, celui de Kaysersberg représente une tour, marque de l’autorité impériale. Lorsqu’en 1293, Kaysersberg accède au rang de ville impériale, elle choisit ses armoiries. Les bourgeois de la cité y représentent leur symbole, la bourse, qui n’est autre qu’un porte-monnaie. Néanmoins, le village fit, depuis le 19ème siècle, quelques entorses à la vérité historique avec la présence de double-armoiries en regroupant tour et besace.















































